Corentin GMT.

Je prends la vie qui entoure les gens en photos. Pas les gens ; ce qu'il y a autour. Les rues qu'on traverse sans les regarder, les façades, la lumière qui tombe sur un mur à une heure précise et qui n'y sera plus demain.

Corentin GMT., de mon nom complet Corentin Godefroy Morlet, né à Rouen en 1998 et toujours installé à côté. Photographe autodidacte : jamais eu de professeur, tout appris seul, et ça se voit par endroits. Je préfère l'assumer que le cacher.

Le regard

Tout est en noir et blanc, parce que le noir et blanc c'est le contraste. Il enlève le bruit et ne garde que la structure, la lumière et l'intention. Contrairement à ce qu'on croit souvent, je ne l'utilise pas pour faire ancien : je le trouve au contraire ce qu'il y a de plus moderne en photographie.

Ma référence, c'est Vivian Maier. Elle photographiait les gens dans la rue ; moi je photographie la rue elle-même. Il y a eu une époque où je voulais être architecte et ça n'est jamais complètement parti : les angles, les reflets, la façon dont un bâtiment découpe le ciel m'attrapent avant les visages.

Ce qui m'intéresse, ce sont les endroits où les gens vivent. Les rues normales, la vie normale. Je visite beaucoup de petites villes exprès, et un sujet prend de plus en plus de place dans mon travail : la désertification des centres-villes, en Normandie particulièrement. Les rideaux baissés, ce qui reste quand l'activité s'en va.

Place des Victoires a Paris, silhouette floue a contre-jour, tirage noir et blanc
« Place de la Victoire », Paris. Ma photo préférée, toutes villes confondues.
Mairie de La Bouille en Normandie, tirage noir et blanc
« Mairie », La Bouille. Le genre d'endroit que personne ne photographie.

La méthode

Pas de repérage, pas de plan, pas d'heure calculée. Une sortie photo chez moi, c'est une balade : je marche dans des rues que je ne connais pas, je découvre la ville en même temps que je la photographie, et je m'arrête quand quelque chose m'arrête.

Ce que je fuis, c'est la photo calculée. Attendre un coucher de soleil parce qu'on sait qu'à 19h12 la lumière sera exactement là, très peu pour moi : ces images sont belles et elles ne racontent rien. Une photo, c'est un instant précis qui n'appartient qu'à ce moment-là. Préparer l'instant, c'est le contredire.

Le tri, en revanche, est brutal. Sur tout ce que je ramène d'une sortie, je garde une dizaine d'images, souvent moins. Vient ensuite le développement, où presque tout bascule en noir et blanc et où l'image s'éloigne beaucoup du fichier sorti du boîtier.

Il y a aussi les photos que je ne prends pas. Il m'arrive de voir quelque chose dans le viseur, de trouver ça juste, et de ne pas déclencher. Cette image-là reste pour moi.

Les tirages

Édition limitée à 30 exemplaires. C'est le plafond légal en France pour une œuvre photographique en édition limitée, et il correspond à ma façon de voir les choses : l'instant n'a eu lieu qu'une fois, l'image ne doit pas exister en quantité illimitée.

Je travaille avec un imprimeur, je réceptionne les tirages, je les contrôle et je les expédie moi-même avec leur certificat d'authenticité. Tout le reste, les photos, le site, les réseaux, l'administratif, le graphisme, c'est moi, seul.

Une photo sur un écran passe ; une photo au mur reste. Elle habille une pièce, elle rend un mur blanc utile, et elle est encore là le lendemain. Ce que j'espère, très sincèrement, c'est qu'un de mes tirages se retrouve dans une maison heureuse et qu'il y ajoute quelque chose.

Les séries

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